Sujet de français, métropole, juin 2008
Une après-midi, à la récréation de quatre heures, le grand Michu
me prit à part, dans un coin de la cour. Il avait un air grave qui
me frappa d'une certaine crainte ; car le grand Michu était un gaillard,
aux poings énormes, que, pour rien au monde, je n'aurais voulu avoir
pour ennemi.
- Écoute, me dit-il de sa voix grasse de paysan à peine dégrossi1,
écoute, veux-tu en être ?
Je répondis carrément: « Oui ! » flatté d'être de quelque
chose avec le grand Michu. Alors, il m'expliqua qu'il s'agissait d'un
complot. Les confidences qu'il me fit me causèrent une sensation délicieuse,
que je n'ai jamais peut-être éprouvée depuis. Enfin, j'entrais dans
les folles aventures de la vie, j'allais avoir un secret à garder,
une bataille à livrer. Et, certes, l'effroi inavoué que je ressentais
à l'idée de me compromettre de la sorte comptait pour une bonne moitié
dans les joies cuisantes de mon nouveau rôle de complice.
Aussi, pendant que le grand Michu parlait, étais-je en admiration
devant lui. Il m'initia d'un ton un peu rude, comme un conscrit2
dans l'énergie duquel on a une médiocre confiance. Cependant, le frémissement
d'aise, l'air d'extase enthousiaste que je devais avoir en l'écoutant
finirent par lui donner une meilleure opinion de moi.
Comme la cloche sonnait le second coup, en allant tous deux prendre
nos rangs pour rentrer à l'étude :
- C'est entendu, n'est-ce pas ? me dit-il à voix basse. Tu es
des nôtres… Tu n'auras pas peur, au moins ; tu ne trahiras pas ?
- Oh ! non, tu verras… C'est juré.
Il me regarda de ses yeux gris, bien en face, avec une vraie dignité
d'homme mûr, et me dit encore :
- Autrement, tu sais, je ne te battrai pas, mais je dirai partout
que tu es un traître, et personne ne te parlera plus.
Je me souviens encore du singulier effet que me produisit cette menace.
Elle me donna un courage énorme. « Bast ! me disais-je, ils peuvent
bien me donner deux mille vers3 : du diable si je
trahis Michu ! » J'attendis avec une impatience fébrile
l'heure du dîner. La révolte devait éclater au réfectoire.
Emile Zola. « Le Grand Michu » (1874).
Nouvelle extraite des Nouveaux Contes à Ninon.
1. Encore rude et rustre.
2. Soldat débutant.
3. Punition consistant à copier deux mille vers.
PREMIÈRE PARTIE
I. Une scène décisive (5 points)
1. Relevez précisément dans le début du texte les éléments qui indiquent
où et quand se déroule la scène. (1 point)
2. « Je me souviens encore du singulier effet que me produisit cette
menace. »
a. Identifiez le temps de chacun des verbes. (0,5 point)
b. Donnez-en la valeur. (1 point)
c. À quelles époques de la vie du narrateur renvoient-ils ? (1 point)
3. « Il m'initia … confiance. »
a. Dans le contexte de la phrase, expliquez le sens du verbe « initier
». (0,5 point)
b. Quelle figure de style est utilisée dans cette phrase ? (0,5 point)
c. Expliquez le rapport qu'elle établit entre les deux personnages. (0,5
point)
II. Le Grand Michu et le narrateur (5,5 points)
1. Dans l'ensemble du texte, relevez quatre mots ou expressions qui permettent
de dresser un portrait physique de Michu. (1 point)
2. Lignes 2 à 5 : « Il avait un air grave... avoir pour ennemi. » Relevez
les deux propositions subordonnées. Précisez leur classe grammaticale.
(1,5 point)
3. D’après vos réponses aux questions 1 et 2, précisez le sentiment que
Michu inspire au narrateur. (0,5 point)
4. Quel autre effet Michu produit-il sur le narrateur ? Relevez, dans
la suite du texte, deux mots ou expressions qui justifient votre réponse.
(1,5 point)
5. « Je me souviens encore du singulier effet que me produisit cette
menace. Elle me donna un courage énorme. »
a. Donnez le sens de « singulier » dans le contexte de la phrase. (0,5
point)
b. En quoi cet adjectif est-il approprié pour évoquer la réaction du narrateur
? (0,5 point)
III. Un sujet bien mystérieux (4,5 points)
1. Ligne 7 : « Veux-tu en être ? »
a. Quelle est la classe grammaticale de « en » ? (0,5 point)
b. Que représente ce mot ? (0,5 point)
2. Dans l'ensemble du texte, citez quatre indices qui soulignent le caractère
mystérieux du projet de Michu. (1 point)
3. « Bast ! me disais-je ...Michu ! »
a. Comment les paroles sont-elles rapportées ? (0,5 point)
b. Que révèlent-elles sur l'état d'esprit du narrateur ? (0.5 point)
4. D'après l'ensemble des questions et votre lecture du texte, dites
en quoi cet épisode a été déterminant dans la vie du narrateur. (1,5 point)
Réécriture ( 4 points)
Aussi, pendant que le grand Michu parlait, étais-je en admiration
devant lui. Il m'initia d'un ton un peu rude, comme un conscrit dans l'énergie
duquel on a une médiocre confiance. Cependant, le frémissement d'aise,
l'air d'extase enthousiaste que je devais avoir en l'écoutant finirent
par lui donner une meilleure opinion de moi.
Vous réécrirez ce paragraphe en mettant les verbes au présent de l'indicatif,
et en remplaçant « le Grand Michu » par « les deux garçons ».
Dictée (6 points)
Louis PERGAUD, La Guerre des boutons.
DEUXIÈME PARTIE : RÉDACTION (15 points)
La révolte a lieu. Le narrateur est puni. Il écrit à sa mère pour raconter
les faits et justifier sa participation au complot.
Rédigez cette lettre, qui comportera une partie narrative et développera
les arguments avancés par le narrateur pour expliquer son adhésion au
projet de Michu.
Critères de réussite :
- Respect des codes de la lettre.
- Respect de la situation d'énonciation.
- Cohérence par rapport au texte de départ.
- Utilisation des discours narratif et argumentatif (présence de plusieurs
arguments).
- Correction de la langue:
- Respect
de la construction des phrases.
- Précision
du vocabulaire.
- Respect
de l'orthographe.
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